Chômeuse de longue durée

Un an et demi… Je n’aurais jamais pensé que ça puisse m’arriver, à moi. Jamais pensé que je ne trouverais pas, que toute l’énergie que j’ai à donner ne suffirait pas à convaincre, qu’on ne me donnerait pas ma chance, que je resterais là, sur l’amer bas côté de la route. Tétanisée, au point de ne même plus réussir à envoyer une lettre de motivation, de ne même plus croire qu’une offre puisse me correspondre, de penser qu’il y aura toujours mieux en face, plus bilingue, plus expérimentée, plus ceci, plus cela. Être dans l’impossibilité de se bouger, être ankilosée, être dans un tunnel, long… Si long..
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« Chômeuse de longue durée ». Si jeune. Avec tellement de choses à offrir. Un sacré gâchis…
Si vous, entreprises, collectivités, m’aviez au moins offert la possibilité de croiser votre regard, en entretien, de vous expliquer, ma motivation, mes aspirations, de vous montrer ma jolie plume, mon sourire constant, mon aisance relationnelle, mon dynamisme. Si j’avais eu cette chance. Mais je suis restée là, sur le pas de vos portes, à la merci de postes fictifs déjà offerts à d’autres. Et surtout, pas une lettre pour me prévenir, pour dire à mon cœur d’arrêter de s’emballer à chaque sonnerie de téléphone, de me projeter dans une nouvelle ville, un nouveau poste, de potasser chaque détail de votre politique. Pour me dire d’arrêter d’espérer. Tout simplement. Vous pourriez au moins avoir cette décence. Au bout de chaque candidature envoyée, il y a sans doute, quelqu’un d’un peu comme moi, d’un peu chômeur, d’un peu triste, mais surtout, d’un peu humain. Quelqu’un qui a mis énergie et cœur à vous écrire du mieux qu’il pouvait et qui attend… Alors même si les temps sont durs et les candidatures nombreuses, une lettre, un mail, ça pourrait juste au moins maintenir l’illusion d’un monde encore un peu humain, solidaire.
Je ne sais plus que faire. J’ai peur. Peur que ça n’arrive jamais. Peur d’être passée du mauvais côté de la barrière. Peur de retravailler. De n’être plus capable. D’avoir perdu ma foi, mon charisme, mon sourire, mes réflexes, peur que vous ayez finalement réussi à me convaincre, que je ne valais pas le coup d’être rappelée.
Le chômage tue à petit feu ceux qui croisent son chemin. Doucement. Sournoisement. Mais sûrement. Moi qui rêvais en secret de cette petite période de pause, l’idéalisant, je ne la souhaite finalement à personne. Même à mon pire ennemi. Le chômage vous bouffe vos élans, votre bonne humeur, votre couple, votre énergie. Il vous vole, au passage, vos rêves les plus chers : les enfants, les voyages, le bien-vivre. L’inaction vous fatigue et finit par fatiguer aussi vos proches, qui peinent à trouver les mots, qui peinent à vous voir comme ça, souffrant d’être si impuissants.
Se mettre à compter, recompter, les droits assedic qu’ils nous restent, les jours, les euros. Le compte à rebours qui s’écoule, au cours d’interminables journées, qu’on remplit de rien ou de si peu. Sous de faux airs de vacances, qui n’en sont rien, puisque qu’on ne s’est pas arraché pour les gagner, puisqu’on n’est pas fatigué, puisqu’elles ne s’arrêtent jamais. Perdre son vocabulaire, sa plume, son style, faute d’entraînement.
Et rester là, inerte. Alors qu’on n’est pas comme ça. Qu’à l’époque où tout allait bien, on était plutôt dans le camp des battantes. Mais que là, on ne trouve plus le chemin, qu’on s’est perdu en route. Si l’un d’entre vous connaît quelqu’un qui cherche la personne la plus motivée à retravailler de la terre, qu’il n’hésite pas à venir frapper à ma porte. Comme dirait Renaud, « un peu naze, un peu d’occaz, un peu cassée », mais avec un joli potentiel à l’intérieur. Comme un Kinder, mais encore meilleur.

12 réflexions sur “Chômeuse de longue durée

  1. courage, je n’ai que ça à dire. Je suis passée par là, pas très longtemps et déjà je ressentais ce sentiment d’impuissance, puis de frustration et enfin d’inutilité. Mes mots ne sont que du vent, ne t’aideront pas plus, et j’aurai beau dire que tu vas t’en sortir, je sais, pour l’avoir vécu que tu ne me croiras pas. Je croise vraiment les doigts pour toi…et je pense que la lumière n’est pas loin, je l’espère du moins

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    • Merci Elodie. Comme tu l’as dis récemment sur ton blog, l’important c’est de rester soi-même, ici et dans la vie! J’essaie, je persiste et signe! Croisons les doigts pour qu’une bonne fée ait envie d’y croire avec moi!

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  2. Je n’ai heureusement jamais connu le chômage….. et à te lire, je ne peux que t’encourager à ne pas perdre espoir, à croire, garder ton ambition et tes rêves.
    Je garde l’oeil ouvert sur les éventuelles opportunités, tu le sais bien et la Bretagne « ça vous gagne » comme dit le slogan.
    A toi de conquérir les Bretons !

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  3. Bonjour Perrine,

    Je viens de découvrir vos textes et je trouve que vous avez une très belle plume. J’ai 39 ans, j’ai connu une période de chômage en 2011 et j’a très bien rebondi. IL faut garder espoir en vous, et si vous n’avez pas eu de succès ces derniers temps, la chance tourne ! De plus, vous pouvez aussi créer votre propre emploi avec le statut auto entrepreneur. Beaucoup de gens autour de moi rebondisse comme ca. SI vous avez besoin d’un petit coup de pouce financier, vous pouvez voir avec l’ADIE pour qu’ils vous accordent un micro credit.
    Enfin, tout ça pour dire : il y a que des solutions, vous avez la vie devant vous!!!!!

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