Howard

Howard et moi ça a commencé il y a bien longtemps. Par un concours de circonstance, et c’est souvent là que naissent les plus belles histoires d’amour…

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Dessin du talentueux caennais Kinou 

Je devais avoir 11 ans, 12 tout au plus. J’étais en vacances avec mes parents dans le sud il me semble (il faisait beau, je m’en souviens) et comme à l’habitude, ce dimanche là, nous nous régalions d’un vide-grenier. Je m’accroupis pour fouiller et mon regard est attiré par une couverture un brin vieillotte, un max kitch. « Le cœur sous rouleau compresseur » ça s’appelle. Ça sent la littérature à l’eau de rose, les feux de l’amour, le roman d’été, c’est bleu layette, c’est doux, ça me fait envie, je demande à l’acheter. Et puis, chose rare, je le lis. (Ma bibliothèque est remplie de livres achetés avec l’envie folle d’être lus et qui désespèrent de l’être un jour).  Je ne le lis pas, je le dévore. C’est l’histoire de Gil. C’est l’histoire d’un jeune homme différent, solitaire et follement attachant.

Passent 2 semaines, ou 3. Et alors que je suis de nouveau à l’affût d’une belle affaire ou d’un beau coup de cœur dans les allées d’un vide-grenier, je tombe sur un livre. Le second. Pas la suite, mais le début de l’histoire. Le livre d’avant. Il s’appelle « Quand j’avais 5 ans je m’ai tué » et c’est encore Gil, mais petit. Avec son doudou et son ciré jaune, qui me tend la main… Je l’emmène avec moi et le serre fort contre moi. À l’époque papa à une vieille Mercedes vintage dont les sièges en cuir brûlent les cuisses quand le soleil tappe. Mais je m’en fiche. J’y passe des heures, assises, les pieds croisés sur la portière, à apprendre à connaître Gil, à essayer de le comprendre, à découvrir l’autisme dans toute sa complexité et sa magie aussi… Depuis ce jour, Howard Buten, l’auteur de ces 2 merveilleux livres est entré dans ma vie. Sans jamais en sortir vraiment. J’ai acheté un à un chacun de ses livres, me découvrant une passion pour l’autisme, l’analyse qu’il en fait et la tendresse du regard qu’il pose sur cette différence.

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Passionnée par un domaine si peu ordinaire et par un homme que si peu connaissent, à 14 ans, ça interroge. Mais je ne lâche rien. J’adore cet homme, son travail, ses écrits. C’est MON héro, point. C’est comme ça. Il y a des gens qui ont une poésie en eux, un dramatisme doux, des yeux pleins d’amour et qui nous touchent, en plein cœur. Howard fera partie des rares à entrer dans cette catégorie…

Mais ce que je découvre après est encore plus dingue, encore plus magique, encore plus merveilleux. Howard Buten a un personnage de scène. Howard fait le clown. Howard, la nuit, s’appelle Buffo. Buffo le clown. Un Pierrot au regard tendre. Qui fait chavirer mon cœur. Un jour, mes parents me proposent un deal infernal. Ils veulent me faire une surprise, un cadeau. « C’est soit Garou (oh ça va hein !), soit Buffo, tu choisis et on t’emmène ». J’ai choisi, sans l’ombre d’un doute. On devait se rencontrer lui et moi. Il fallait que je le voie en vrai.

Alors on a fait l’aller-retour dans la soirée à Paris, c’était un brin fou mais c’est l’adage des moments inoubliables. C’était au Cabaret Sauvage. Rien que le nom… Ça sentait le voyage irréel, la parenthèse enchantée, l’instant suspendu.

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Le Cabaret Sauvage

J’arrive sous ce chapiteau bohème et je m’installe. Autour de moi, peut-être 200 personnes atteintes d’autisme plus ou moins grave. Je me suis tellement documentée, j’ai tellement voulu en savoir plus sur eux, j’ai tellement essayé de les comprendre. Et je suis là, ce soir-là, entourée d’eux. Je me dis qu’il faut au moins la patience d’Howard pour les aimer si fort. Le personnel soignant prend soin d’eux, les apaise, leur parle doucement, les rassied, les essuie, les prend dans ses bras. C’est un joyeux bordel ! Mais je ne me suis rarement sentie aussi bien, aussi à ma place. Le spectacle commence par une première partie jouée par des autistes. Quand ils quittent la scène, j’attends, le cœur battant à la chamade qu’Howard entre sur scène. Mais le temps se joue de moi, le sablier passe doucement, tout doucement. « T’as qu’à en profiter pour aller le voir ? ». Mon père. Mon père et ses idées farfelues… Comme si moi, là, du haut de mes 14 ans, j’allais y aller !

J’y suis allée. Oui. J’y suis allée. J’ai inspiré un grand coup et j’ai poussé l’épais rideau rouge. Je m’attendais à chercher des heures, à me faire disputer, renvoyer à ma place, à mourir de honte. Sauf que. Sauf qu’Howard, ou plutôt Buffo était là. Juste derrière ce rideau. Prêt à entrer en scène. Il était là. Buffo. Le vrai. En face de moi. Nous étions seul au monde. Lui, moi et l’éternité. J’ai eu le souffle coupé, des larmes par centaines ont envahi mes yeux, j’ai essayé de parler, mais aucun son n’est sorti de ma bouche. Aucun. J’étais là, sans voix, muette, face au mastodonte. Alors, il a ouvert ses bras de clown, le regard empli de tendresse et il m’a enlacé tendrement. Ça ne méritait pas de mot, il avait bien raison finalement, ça méritait juste une douce étreinte, un Pierrot ému et une Boucle d’or chamboulée. Et puis, il a pris le crayon que je tenais dans une main, le livre que je tenais dans l’autre, il a ouvert la première page, et m’a regardé. J’ai essayé, tant bien que mal, d’épeler mon prénom. Je m’appellerai Pierrine. Et s’il le faut, pour l’éternité et au délà !

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Son spectacle a commencé et, d’un coup de baguette magique, le joyeux brouhaha s’est tu. Plus un bruit, sinon celui de son bébé violoncelle accouché d’une contrebasse. Deux heure de bonheur suspendu, une osmose bienveillante, les clowns ont un langage universel, le langage de l’âme.

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Pour en savoir plus : Le site de Buffo le clown et la biographie d’Howard Buten 

6 réflexions sur “Howard

  1. J’ai découvert Howard Buten il y a très longtemps, Buffo le Clown, lors de mes précédentes activités professionnelles et je ne connaissais pas ta jolie histoire… encore superbement écrite et remplie d’émotions….
    Cela m’a rappelé le livre que je t’ai offert « Tistou les pouces verts ».

    Aimé par 1 personne

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